par Léa Bailly-Maître, Musée lorrain
Dans leur bulle … !
24/09/2026
Les chantiers de transfert sont toujours un bon moyen de remettre à la lumière du jour des objets parfois enfermés depuis longtemps. Toujours en mouvement, une partie des collections du musée a donc cette fois-ci été prise en charge par la régie des œuvres pour un traitement par anoxie.
Pendant un mois, plus de 600 objets ont été entreposés dans une bulle privée d’oxygène, afin d’éradiquer toute trace potentielle d’insectes, de larves ou d’œufs, dans les matières organiques. Variétés de bois et de tissus ont pu être isolés, après avoir été soigneusement dépoussiérés par l’équipe.


Mangeurs d’œuvres d’art en cavale !
Si les petites bêtes ne mangent pas les grosses, les musées sont pourtant conscients que les risques liés aux insectes sont bien réels pour leurs collections. Plusieurs espèces existent, et toutes n’attaquent pas les mêmes matériaux.*
Dans le cas des objets en bois (majoritaires dans ce transfert), les insectes xylophages sont redoutables : lorsque les larves naissent, elles se développent à l’intérieur de la matière boisée, créant ainsi des galeries et fragilisant grandement l’œuvre. Elles essayent ensuite de sortir en creusant un trou à la surface, laissant s’échapper des petits cônes de vermoulure claire, et s’envolent vers d’autres horizons…
Le traitement par anoxie dynamique permet donc d’anéantir ces insectes, peu importe leur stade de développement, avant qu’ils n’endommagent davantage l’objet. La démarche consiste à déposer les objets dans une bulle hermétiquement fermée, où l’oxygène diminuera avec le temps, remplacé par un gaz neutre (azote). Les xylophages, en le respirant, seront neutralisés. La température interne doit elle aussi être contrôlée, car sous un certain seuil, les insectes se mettent « en pause », et pourront dès lors reprendre leur travail plus tard, une fois sortis de la bulle.
L’avantage de ce traitement, en plus de débarrasser les œuvres de ces dévoreurs de matière, est qu’il est inoffensif pour les collections, et peut être réalisé à plusieurs reprises dans la vie d’un objet : transfert dans une nouvelle réserve plus adaptée (ce fut le cas pour ce chantier), ou au retour d’une exposition, par exemple. Il est par ailleurs primordial avant d’entrer de nouveau dans les réserves, afin de ne prendre aucun risque d’infestation avec les autres objets déjà entreposés dans ces espaces.
* Pour découvrir une autre technique de traitement des infestations d'insectes dans les collections, suivez ce lien


Isoler pour mieux revaloriser !
Si cette anoxie a donc permis d’améliorer la préservation de ces œuvres, elle fut aussi l’occasion de redécouvrir la richesse des collections ATP (arts et traditions populaires) du musée !Entre outils de divers métiers, ustensiles pour la cuisine, et objets plus communs du quotidien, faisons un petit tour d’horizon de ces items, parfois originaux, et souvent oubliés.
Qu’il s’agisse de bien se chausser ou de se vêtir, les outils servent autant à tracer et percer qu’à former ou découper. Roulettes à devant (dite aussi « roulette à faux points »), alênes et compas pour le cordonnier ; fuseaux, bobine, matrices à impression et fers à ballonner pour les métiers du textile ; ou encore matrice pour le fondeur de cloche, et fer pour le relieur, les traces de ces anciens artisans restent bien présentes dans les collections traditionnelles du musée d’art et d’histoire !
Durant ce transfert, la régie a également manipulé une collection remarquable de 78 cannes décorées. Beaucoup d’entre elles présentent des pommeaux sculptés, en or, en argent, ou en ivoire. Parfois composées de faïence polychrome, certaines sont dotées de décors de bouquets et scènes galantes, quand d’autres sont de véritables sculptures sur bois.
La collection militaria n’est pas en reste dans ce chantier. De nombreux fourreaux, un carquois, un nécessaire de toilette ou encore une centaine d’épaulettes ont pu être traités. Parmi ces items, l’équipe a notamment pu avoir entre les mains un petit puzzle dans son sachet tricolore, ainsi qu’une luisante cuirasse d’officier de cuirassier du Ier Empire, et des bottes en vannerie datant de la seconde guerre mondiale! Tous ces objets, après être passés par la chaîne opératoire post-anoxie, pourront rejoindre le militaria déjà transféré dans les réserves au fil des années (comme ce fut le cas pour les coiffes en 2024).


Maintenant que ce traitement est terminé, et que les objets retrouvent la lumière et l’air libre (mais contrôlés), il ne leur reste plus qu’à passer une nouvelle fois entre les mains de la régie pour toutes les autres missions du service des collections : récolement, marquage du numéro d’inventaire si nécessaire, reconditionnement, et rangement optimisé dans la réserve commune des Musées de Nancy.


